PIDfest 2026 : les identifiants pérennes au cœur des infrastructures de recherche
Du 27 au 29 octobre 2026, la deuxième édition de PIDfest, événement international consacré aux identifiants pérennes (PID), s’est tenue au musée Naturalis de Leyde, aux Pays-Bas. Organisé par SURF, organisme néerlandais dédié aux services numériques pour l’enseignement supérieur et la recherche, et DANS (Data Archiving and Networked Services), cet événement faisait suite à une première édition accueillie en 2024 à Prague par la Bibliothèque technique nationale de la République tchèque (NTK).
L’événement a réuni de nombreux acteurs de l’écosystème international des identifiants pérennes pour échanger sur les évolutions techniques, leurs usages dans la recherche ainsi que les enjeux liés à leur gouvernance et à leur financement.
Un écosystème d’identifiants en constante évolution
Une part importante du programme était consacrée aux identifiants associés à l’écosystème des DOI (Digital Object Identifiers), avec des présentations de Crossref, de ROR (Research Organization Registry), d’ORCID (Open Researcher and Contributor ID) et de l’ARDC (Australian Research Data Commons), qui développe RAID (Research Activity Identifier).
Ces interventions ont permis de faire le point sur les progrès réalisés dans l’interconnexion des identifiants et des infrastructures de recherche. Elles ont également souligné l’intérêt de poursuivre le dialogue entre les différentes communautés afin de favoriser une approche plus large et complémentaire des systèmes d’identification.
L’intelligence artificielle a occupé une place importante dans les échanges. Plusieurs intervenants ont souligné que les outils d’IA ne prennent pas encore suffisamment en compte les identifiants pérennes utilisés dans la recherche scientifique. Parallèlement, des représentants de Crossref et de ROR ont présenté les possibilités offertes par ces technologies pour améliorer la qualité, la cohérence et l’enrichissement des métadonnées.
La pérennité financière des infrastructures : un défi partagé
Des représentants de la NTK ont présenté les activités de leur Centre national des identifiants pérennes, financé dans le cadre du projet CARDS (Czech Academic and Research Discovery Services), soutenu par le programme opérationnel européen Johannes Amos Comenius pour la période 2023-2028. Cette initiative accompagne le développement et l’adoption des identifiants pérennes au sein de l’écosystème tchèque de la recherche, en complément des initiatives nationales liées à l’EOSC (European Open Science Cloud).
Les intervenants ont notamment évoqué l’utilisation des identifiants par les établissements de recherche tchèques et les systèmes d’information sur la recherche (Current Research Information Systems, CRIS). Ils ont également présenté ePIC (Persistent Identifier Consortium for eResearch), une infrastructure d’identifiants pérennes fondée sur la technologie Handle, qui permet d’identifier durablement différents types d’objets numériques, notamment des jeux de données, des documents et des échantillons de recherche.
Les discussions ont porté sur les perspectives de financement des activités au-delà de 2028, mettant en évidence l’importance de ressources durables pour assurer la continuité des services. Cette préoccupation a également été exprimée par les représentants de RAID, dont le financement actuel arrive à échéance en 2028.
Ces échanges rappellent que la pérennité des identifiants repose non seulement sur des solutions techniques fiables, mais aussi sur des modèles économiques et des mécanismes de gouvernance capables d’en assurer le maintien à long terme. La NTK accueillera par ailleurs la 52e réunion des directeurs des Centres nationaux de l’ISSN à Prague, en octobre 2027.
Les identifiants ARK et l’importance de la maintenance des liens
Plusieurs présentations étaient consacrées aux identifiants ARK (Archival Resource Key), qui permettent l’identification pérenne des ressources numériques et patrimoniales. La Bibliothèque royale de Belgique (KBR) a présenté ses travaux sur le déploiement de ces identifiants pour ses collections numérisées et ses archives.
En France, ces identifiants sont notamment utilisés par la Bibliothèque nationale de France (BnF) pour assurer l’identification pérenne de ses ressources numériques et de ses notices bibliographiques. L’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (Abes) exploite également les identifiants ARK attribués par la BnF pour renforcer l’interconnexion entre les notices du Sudoc et celles du Catalogue général de la BnF, notamment pour les publications en série. Le recours à ce système d’identification figure également parmi les pistes envisagées dans les initiatives nationales relatives à l’identification pérenne des organismes de recherche.
JK, fondateur du système ARK, a animé un atelier consacré aux principes fondamentaux des identifiants pérennes. Il a notamment rappelé qu’aucun système d’identification ne peut, à lui seul, garantir la disponibilité permanente d’une ressource numérique. La stabilité des identifiants dépend en effet de la maintenance des liens et de la mise à jour des adresses vers lesquelles ils redirigent.
Ce constat souligne l’importance d’une gestion active des infrastructures d’identification, indispensable pour garantir un accès continu aux ressources. Le modèle décentralisé des ARK, qui repose sur des agences d’attribution, présente également un intérêt particulier dans un contexte où les questions de souveraineté numérique, de maîtrise des données et d’autonomie des infrastructures de recherche prennent une place croissante dans les politiques publiques.
Qualité des métadonnées et fiabilité des identifiants
Les présentations consacrées à ROR ont permis de revenir sur les origines et le développement de ce registre international des organismes de recherche, initialement constitué à partir des données du registre GRID (Global Research Identifier Database).
Un atelier a notamment abordé les méthodes permettant d’améliorer ses métadonnées, en associant les contributions des organismes concernés, des procédures de validation et des outils d’intelligence artificielle. Les échanges ont également mis en lumière les difficultés auxquelles sont confrontés les gestionnaires d’identifiants lorsqu’ils traitent des demandes émanant d’organismes dont le statut ou les activités scientifiques nécessitent des vérifications approfondies.
Ces situations soulignent l’importance de procédures transparentes et rigoureuses pour préserver la confiance dans les registres d’identifiants. L’attribution d’un identifiant ne saurait, en elle-même, constituer une reconnaissance de la qualité scientifique ou de la légitimité institutionnelle d’un organisme.
Vers des stratégies nationales d’identification plus inclusives
Plusieurs pays, notamment la France et l’Allemagne, élaborent progressivement des stratégies nationales relatives aux identifiants pérennes dans la recherche. Ces initiatives constituent une avancée importante pour renforcer l’interopérabilité des systèmes d’information, faciliter la circulation des métadonnées et améliorer la visibilité des résultats de la recherche.
Il est néanmoins essentiel que ces stratégies prennent en compte l’ensemble des identifiants qui structurent l’écosystème de l’information scientifique, au-delà de ceux qui sont les plus couramment utilisés dans les infrastructures de recherche.
À cet égard, l’ISSN (International Standard Serial Number) et l’ISBN (International Standard Book Number) jouent un rôle complémentaire de celui des autres identifiants pérennes. Ils contribuent à l’identification fiable des publications scientifiques et à l’interconnexion des données bibliographiques avec les autres composantes de l’écosystème de la recherche.
Le Centre international de l’ISSN souhaite encourager une meilleure prise en compte de ces complémentarités dans les stratégies nationales et internationales relatives aux identifiants pérennes. À travers son réseau de Centres nationaux, il entend poursuivre le dialogue avec les acteurs de la recherche, les organismes de normalisation et les gestionnaires d’infrastructures numériques afin de promouvoir une approche ouverte, interopérable et durable de l’identification des ressources scientifiques.
La participation à PIDfest 2026 a ainsi constitué une occasion privilégiée de renforcer les échanges avec les autres communautés d’identifiants et de mettre en valeur la contribution essentielle du réseau ISSN à la fiabilité et à la pérennité de l’information scientifique.

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