Charleston Library Conference 2025
Par Gaëlle Béquet, 19 novembre 2025
La conférence de la bibliothèque de Charleston 2025 a mis en évidence plusieurs tendances majeures qui transforment actuellement les écosystèmes universitaires, documentaires et éditoriaux aux États-Unis. Les universités sont confrontées à une baisse significative du nombre d’inscriptions, tendance qui s’est accentuée avec la diminution du nombre d’étudiants internationaux. Cette contraction a un impact direct sur les bibliothèques, qui sont confrontées à une diminution de leurs budgets d’acquisition et, par conséquent, à une réduction des abonnements aux revues et aux bases de données de référence. Dans ce contexte, les accords transformatifs des éditeurs bénéficient d’un soutien moindre, notamment lorsqu’ils imposent des embargos sur la disponibilité des contenus en libre accès.
Dans le domaine de l’édition scientifique, plusieurs signes indiquent une accélération du changement. Wiley en est un exemple : alors que les chercheurs subissent une pression croissante pour publier, les bibliothèques achètent moins. Wiley poursuit également son expansion en Asie, comme en témoigne son bureau de Pékin qui compte 75 employés. Elle a récemment publié des recommandations sur l’utilisation de l’IA à destination des auteurs. De nombreux chercheurs s’opposent désormais à ce que leurs articles ou leurs livres soient utilisés pour entraîner des modèles d’IA, tandis que les éditeurs utilisent des outils de détection pour identifier automatiquement les contenus générés par l’IA dans les manuscrits qui leur sont soumis. Enfin, plusieurs intervenants ont évoqué la possibilité que les petites maisons d’édition et les sociétés savantes disparaissent, car elles sont menacées par la concentration croissante dans le secteur.
La conférence a également abordé l’évolution du rôle des bibliothécaires. Selon Lorcan Dempsey, la maîtrise de langages de programmation comme Python sera essentielle pour interagir efficacement avec les systèmes d’intelligence artificielle qui sont en passe de devenir la norme tout au long de la chaîne documentaire.
Les questions liées au libre accès ont également été au cœur des discussions. Les œuvres disponibles sur OAPEN sont largement capturées par des robots et des systèmes d’intelligence artificielle (IA) qui peuvent contourner les mécanismes d’authentification en imitant le comportement des utilisateurs humains. Cette récupération automatisée ne tient pas compte des licences Creative Commons et compromet les efforts en matière de protection des données. Les gestionnaires de sites ne peuvent plus se fier à l’identité déclarée des visiteurs. Certains envisagent donc un scénario radical dans lequel les sites web n’offriraient plus d’accès direct aux données et délégueraient plutôt l’intermédiation à l’intelligence artificielle (IA), qui présenterait les informations aux utilisateurs finaux. Dans le même temps, plusieurs participants ont constaté une baisse de l’utilisation de Google pour effectuer des recherches d’informations, les utilisateurs se tournant de plus en plus vers des outils d’intelligence artificielle conversationnelle.
La question de l’intégrité scientifique a également été abordée. Cabells répertorie désormais près de 19 000 revues douteuses dans sa base de données. Le terme « grimpact » a été proposé pour décrire les effets négatifs que peuvent avoir des recherches biaisées, fondées sur des données déformées ou des pratiques contraires à l’éthique.
Concernant les infrastructures et les outils, des présentations ont été faites sur les avancées réalisées dans le cadre du projet Collaborative Collection Lifecycle Project, notamment grâce au prototype CYCLOPS développé par Indexdata et basé sur une pratique recommandée actuellement soumise à consultation publique par NISO.
Enfin, la conférence a permis de découvrir de nouveaux outils à destination des bibliothèques. Il s’agit notamment de solutions de numérisation et de reconnaissance optique de caractères adaptées aux langues non latines, comme l’outil Spacy.io. Il a également été question d’une collaboration inspirante entre l’université Lehigh et Elsevier, qui vise à créer un outil d’analyse de la littérature chimique permettant de faire gagner un temps précieux aux enseignants lorsqu’ils explorent la littérature existante avant de mener des expériences.

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