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2026/09/07

Rapport sur la conference WOLFcon 2026 (Prague, République Tchèque, 1–3 Septembre 2026)

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La WOLFcon 2026 a réuni des membres de la communauté de l’Open Library Foundation ainsi que d’autres professionnels impliqués dans le développement de technologies et d’infrastructures open source pour les bibliothèques. Cette conférence a offert un cadre propice aux discussions sur l’évolution de systèmes tels que FOLIO et de leurs applications associées, ainsi que sur des questions plus générales concernant les infrastructures ouvertes, l’intelligence artificielle, les métadonnées, la gestion collaborative des collections et la gestion à long terme des ressources scientifiques.

Tout au long de la conférence, la nécessité pour les bibliothèques de conserver un contrôle accru sur les infrastructures technologiques dont dépendent de plus en plus leurs activités a été un thème récurrent. Dans son discours d’ouverture, la professeure Ellen Euler a replacé cette discussion dans le cadre plus large du concept de « biens communs de la connaissance ». Elle a ensuite identifié trois menaces majeures pesant sur ces biens communs :

Restriction des communs : des ressources ou infrastructures auparavant partagées deviennent soumises à des restrictions d’accès.

Extraction : les données et autres ressources produites par les communautés sont appropriées par des tiers.

Captation : la valeur produite collectivement se retrouve finalement contrôlée par un nombre limité d’acteurs.

L’intelligence artificielle peut aggraver tous ces phénomènes. Toutefois, les mesures visant à empêcher l’extraction à grande échelle ne doivent pas pour autant entraver l’accès des utilisateurs légitimes à l’information. C’est pourquoi la question de la gouvernance se pose : les bibliothèques doivent mettre en place des mécanismes qui protègent les ressources communes tout en garantissant leur utilisation. Les politiques d’approvisionnement ont été identifiées comme un moyen permettant aux bibliothèques d’exiger davantage de transparence, d’interopérabilité et de contrôle sur les infrastructures essentielles. Cependant, les modèles de gouvernance adaptés aux biens communs de la connaissance restent à définir.

Plusieurs sessions ont porté sur l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle dans les activités des bibliothèques. La session intitulée « Au-delà du chatbot : l’IA agentique et l’avenir des processus de travail en bibliothèque » a présenté le cadre SCOPE, qui permet d’évaluer les applications potentielles de l’IA. Les cinq composantes de ce cadre — adéquation, contenu, contrôle, autorisations et évaluation — offrent une méthode structurée permettant de déterminer si l’IA est adaptée à un flux de travail donné, mais aussi de clarifier qui reste responsable du processus et de sa supervision.

Les présentations techniques ont également abordé l’interaction entre les agents d’intelligence artificielle (IA) et les systèmes bibliothécaires. La différence entre les API, qui offrent un point d’accès défini aux systèmes d’information, et les couches du protocole de contexte de modélisation (MCP), qui permettent aux agents d’intelligence artificielle d’interagir avec les API, a été expliquée. Des expériences menées aux États-Unis ont permis de tester l’utilisation de l’intelligence artificielle pour convertir des données bibliographiques au format MARC21 en BIBFRAME. Ces travaux contribuent au développement de Blue Core, un référentiel ouvert de données bibliographiques dont la version minimale viable est attendue au printemps 2027. Parmi les autres initiatives connexes, on peut citer l’outil de conversion « bibsync » d’Index Data et le projet « Modern MARC » de la Bibliothèque du Congrès, qui vise à aligner davantage le format MARC sur les concepts de la RDA. Néanmoins, ces expériences mettent en évidence les coûts informatiques et en tokens considérables liés à la transformation à grande échelle des métadonnées assistée par l’IA.

Les métadonnées bibliographiques ouvertes ont constitué un autre thème important de la conférence. Alors que la Bibliothèque nationale de Suède a abandonné le format MARC pour son catalogue et le catalogue collectif national LIBRIS, l’université de Stanford utilise actuellement un environnement hybride MARC/BIBFRAME. Stanford participe également à l’initiative Blue Core. Les discussions ont mis en lumière le statut incertain des métadonnées bibliographiques en matière de droits d’auteur aux États-Unis, principalement en raison des pratiques de catalogage par copie en vigueur depuis longtemps. En réponse, l’université de Stanford a mis au point une boîte à outils dédiée à la politique en matière de métadonnées ouvertes et a créé un centre consacré à ce sujet. La conférence a présenté une orientation plus large visant à publier les métadonnées bibliographiques sous licence CC0, dans la mesure du possible. À la suite de la présentation de Rochelle Lundy et Tom Cramer de l’université Stanford, le Centre international de l’ISSN a présenté son modèle « freemium » au public. Il a expliqué qu’il collaborait activement avec le DOAJ et Latindex en leur offrant un accès gratuit à sa base de données, ce qui leur permet de réutiliser les métadonnées. Par ailleurs, le « Directory of Open Access Scholarly Resources » contient plus de 60 000 notices également mises gratuitement à la disposition de la communauté.

Collections collaboratives et collecte de sauvetage

Le Centre international de l’ISSN a participé à l’une des principales sessions de la conférence, intitulée « Concevoir pour l’action collective : collections partagées, Cyclops et action consortiale », présentée par Gaëlle Béquet (Centre international de l’ISSN), Boaz Nadav Manes (Université Lehigh), et Sebastian Hammer (IndexData). La session a porté sur le projet « Collaborative Collections Lifecycle Project » (CCLP) et son prototype associé, CYCLOPS.

Le CCLP compte environ 80 représentants de bibliothèques, de consortiums, d’éditeurs, d’agrégateurs et de prestataires de services. Ce projet vise à redéfinir la collaboration tout au long du cycle de vie des collections de la bibliothèque, ainsi qu’à mettre en place la gouvernance, les normes et l’infrastructure logicielle nécessaires pour favoriser une prise de décision coordonnée. Le Centre international de l’ISSN a apporté sa contribution au groupe de travail « Catalogage et métadonnées » du projet, qui s’est penché sur les métadonnées descriptives, transactionnelles, de fonds et de conservation nécessaires à l’identification et à la gestion des différentes catégories de ressources.

La présentation donnée à Prague a pris pour exemple concret les revues scientifiques ukrainiennes menacées de disparition afin d’illustrer comment des métadonnées fiables peuvent soutenir les opérations de sauvegarde. Depuis 2014, et plus particulièrement depuis l’invasion à grande échelle de la Russie en 2022, les universités et les instituts de recherche ukrainiens situés dans les zones occupées ont été déplacés ou réorganisés. Certaines des revues initialement publiées par ces institutions ont par la suite été republiées ou réenregistrées par des institutions relevant des autorités d’occupation russes. Cela peut impliquer la réutilisation de titres et d’ISSN, la duplication d’archives, l’association de nouveaux identifiants à des publications revendiquant la continuité avec leurs prédécesseurs ukrainiens, ou encore la modification des informations relatives aux éditeurs et aux institutions.

Dans ces situations, les métadonnées ISSN peuvent constituer des éléments de preuve précieux. Bien qu’un ISSN ne confère ni propriété ni droit d’auteur, les notices ISSN répertorient les titres, les éditeurs, les lieux de publication, les liens entre les titres antérieurs et postérieurs, ainsi que les éditions associées. Elles fournissent ainsi une chronologie bibliographique qui permet de distinguer les différentes versions contradictoires concernant l’identité et l’histoire d’une revue. Les chercheurs ukrainiens ont trouvé ces informations utiles pour retrouver des publications déplacées ou détournées.

L’approche présentée lors de la conférence WOLFcon allie expertise locale et infrastructure bibliographique internationale. En collaboration avec le Centre national ISSN d’Ukraine, des chercheurs et des rédacteurs en chef de revues ukrainiennes utilisent les fiches institutionnelles, les informations d’enregistrement, les sites web des revues, les sites archivés, les fichiers PDF, les métadonnées DOI et les fiches ISSN pour identifier les publications potentiellement problématiques. Tout cas nécessitant des précisions peut alors être signalé au Centre international de l’ISSN. Les notices bibliographiques concernées y seront examinées et, si nécessaire, corrigées ou complétées par des notes historiques.

Cependant, le principal défi consiste à passer de l’identification à la conservation. Si le réseau ISSN permet de définir ce qu’est une revue et d’en retracer l’historique bibliographique, il ne constitue pas une archive en soi. Le CCLP offre un cadre complémentaire qui permet aux bibliothèques et aux consortiums de décider collectivement qui doit acquérir, collecter, numériser ou conserver les documents menacés. Le processus proposé s’étend de la détection et de la vérification bibliographique à la conservation coordonnée par les bibliothèques participantes, en passant par la description de référence et le partage des métadonnées.

CYCLOPS a pour objectif de fournir le middleware permettant de mettre en œuvre ces intentions et décisions collaboratives. L’approche plus large du CCLP privilégie une coopération facultative et flexible plutôt que des structures consortiales entièrement intégrées. Grâce à CYCLOPS, les institutions peuvent partager des informations sur leurs projets de collecte, coordonner leurs décisions en matière d’acquisitions et de conservation, réduire les doublons inutiles et optimiser l’utilisation des compétences et des ressources dispersées. L’étude de cas ukrainienne illustre la capacité d’une telle infrastructure à réagir rapidement pour protéger le patrimoine scientifique et culturel menacé par des événements géopolitiques.

La WOLFcon 2026 a ainsi mis en lumière une convergence importante des évolutions qui touchent actuellement les bibliothèques, notamment la nécessité de maîtriser les infrastructures numériques critiques, d’intégrer de manière responsable l’intelligence artificielle aux flux de travail professionnels, d’ouvrir les métadonnées bibliographiques et de développer de nouveaux mécanismes collaboratifs de gestion. Les projets CCLP et CYCLOPS revêtent une importance particulière pour le Centre international de l’ISSN, car ils montrent comment les métadonnées ISSN de référence peuvent évoluer, passant de la simple identification et recherche à la fourniture d’un signal exploitable favorisant le développement coordonné des collections et leur conservation.